Un conte intitulé: " DE L’EAU S’IL VOUS PLAIT…"

Je m’appelle Coumba. Je suis née il y a une vingtaine d’années dans un petit village en Afrique . Dans mon pays, la terre n’est pas très riche. Elle est tellement aride qu ‘elle n’offre aux regards des hommes qui ont le teint sombre comme la nuit, des yeux de félin et qui marchent toujours pieds nus, qu’un théâtre naturel de désolation. Cette terre se fendille, semblant craquer sous le poids de la faune incontrôlable et celui de l’homme. On remarque de multiples petites fentes asséchées où se cachent des racines inertes de plantes disparues ou encore les dernières pousses amaigries d’une végétation jadis luxuriante. On pourrait alors imaginer que le Très Haut, assis sur son siège céleste, observe avec attention une immense carte en relief qu’il aurait placée sur le sol des humains.

Chaque homme foule respectueusement ce sol, osant simplement lui offrir telle une offrande donnée à la déesse notre Terre, la plante de leurs pieds. Leur marche incessante est ainsi naturelle et pure. La terre ne doit probablement pas être insensible à ce contact soyeux et doit peut-être apprécier que l’homme, tel une plante légère semée aux quatre vents lui caresse de cette façon sa lourde carapace brune.

Cependant, malgré cette harmonie régnant entre l’homme et la nature, la Terre refuse obstinément de partager le trésor le plus utile et le plus précieux qu’elle possède. Ce trésor, c’est l’eau. Cette source de vie manque terriblement dans ce paysage de misère. Dans le pays de mes ancêtres, l’eau avait toujours été une bénédiction des dieux, un don incomparable du ciel. C’est pour cette raison que l’on rend hommage, dès que l’occasion se présente aux esprits de l’eau. Malheureusement, les esprits ne nous répondaient plus de manière favorable. Les pluies étaient devenues très rares. Malgré tout, les hommes ne désespéraient pas. Ils attendaient avec une patience incroyable le retour des pluies, entre prières, chants, danses rituelles et leurs tâches laborieuses et pénibles. Les esprits les entendraient bien un jour ! Et ainsi, les divines gouttes fraîches tomberaient de ce ciel. Les hommes regardaient au-dessus de leur tête noire, guettant l’apparition soudaine d’obscurs nuages épais. Dès que la pluie était de retour, ils croyaient que les Dieux qu’ils vénéraient, bénissaient de leurs larmes la terre afin de la purifier et la rendre plus féconde. La rareté de la pluie amplifiait la joie des peuples lorsqu’elle arrivait enfin. Chaque goutte de pluie se déversait ainsi pêle-mêle, d’une manière agréable et était bénéfique pour la terre appauvrie. Dans une ambiance pleine d’allégresse, chacun dansait, pataugeant de manière énergique dans la boue fraîche qui se formait sous ses pieds. Chaque fois, c’était un jour de bonheur immense que l’on célébrait. C’est peut-être pour cette raison que j’aimais si profondément mon pays. C’était ma chère patrie, celle de mes ancêtres, une part intime de moi-même. Or, ma jeunesse frémissante et les circonstances ont voulu que je la délaisse. Je faillis m’en éloigner. Je vais tenter de vous conter ce qui m’est arrivé…

Noire de peau comme les hommes, les femmes et les enfants de mon peuple, le front haut et lisse, ne laissant pas encore apparaître les premières rides du temps, les joues pleines sans excès, les lèvres épaisses mais exquises qui étaient prêtes à recevoir le premier baiser, l’œil noir et bien fait : je n’étais pas vilaine. Beaucoup de regards d’hommes se posaient sur ma silhouette. Ils étaient emplis de respect, désireux ou craintifs. Ils me prouvaient sans difficulté le pouvoir de séduction que j’exerçais sur les autres.

Un jour, un regard inconnu attira davantage mon attention. Ce regard était celui d’un jeune homme d’une trentaine d’années. Cet homme avait la peau pâle, l’œil vif et clair de la couleur d’un diamant transparent, rempli en totalité d’une eau limpide. Il possédait de superbes cheveux coupés assez courts tels de beaux épis de blé. Son regard, me semblait-il, errait sur moi depuis bien longtemps déjà. Je l’avais senti dans mon for intérieur comme une douce présence qui avait mis tous mes sens en alerte et avait créé sur ma peau un frisson agréable alors que je rêvais de l’homme de ma vie sans trop y croire. Cette présence étrange et à la fois si rassurante s’était promenée au fond de mon esprit. Pourtant, au-delà, je me sentais observée. J’avais le sentiment qu’un regard  était toujours posé sur moi. C’était troublant et envoûtant de le ressentir et d’y penser. Mais, je n’osais nullement imaginer qu’un jour je le croiserais sur ma route. Je craignais fortement cette éventuelle rencontre avec un inconnu.

Ce jour-là pourtant, je ne pus faire autrement que de constater la réalité de sa présence à mes côtés. Il était face à moi. Mon cœur bondit alors dans ma poitrine enserrée dans un tissu coloré qui faisait ressortir sous le soleil brûlant la couleur sombre de ma peau. Un homme au regard d’une clarté intense et pénétrante me fixait avec attention. Il me fit frissonner. Lorsque je le vis, je fus tout d’abord étonnée par son apparence. C’était un homme qui avait une peau plus claire que la mienne.

Un réel contraste s’établissait en effet entre nos deux corps, tel le bien et le mal rassemblés. Mais, au lieu de m’enfuir la peur au ventre, un trouble m’envahit soudain.

Une voix puissante et rauque rompit le charme de cette rencontre si inattendue. Mon père s’efforçait de m’appeler depuis déjà un bon moment mais, subjuguée par la présence de cet inconnu, qui était près de moi, je ne l’avais pas entendu. La voix de mon père se fit donc plus pressante. Il me hurla avec impatience :

           « COUMBA !!! Tu as ENCORE oublié d’aller chercher de l’eau au puits !!! »

 Ce n’était en effet pas la première fois que j’oubliais de le faire. Ces derniers temps,            j’étais devenue très rêveuse. Penser que quelqu’un m’observait m’avait plu fortement. Je m’étais ainsi construit dans mon imagination un personnage idéal, beau, romantique ; je croyais beaucoup au prince charmant comme beaucoup de filles de mon âge, avant de connaître leur mari et d’être bien souvent déçues à cause des coutumes imposées, stipulant que la femme devait se marier, même sans amour au mari qu’on lui avait choisi et accepter la polygamie de son époux. Pour ma part, je n’étais pas encore en âge de me marier. Donc, progressivement, je m’étais enfermée dans une prison dorée. Mon imagination était devenue la réalité de ma vie. J’avais mon petit jardin secret  et cela me rendait heureuse ainsi. Il me plaisait que ce fameux personnage onirique me regardait, qu’il détaillait peut-être de ses yeux ma chevelure épaisse et si longue, la rondeur délicieuse de mes épaules nues, la fermeté de ma poitrine à l’instant où je l’imaginais… Je me persuadais alors qu’il se rapprochait de moi à pas de velours et, tel un amant de conte de fée, il m’enveloppait délicatement de ses bras puissants. Pourtant, je savais que ce n’étai que mon imagination du moins à ce que je croyais durant ces doux instants durant lesquels je m’évadais dans mes pensées. 

La situation étai cette fois très différente. Je n’avais pas désobéi à mon père     parce que je rêvais une fois de plus. Le songe était devenu une réalité. Comme sorti de mon esprit, le prince charmant était enfin apparu, sous mes yeux. Il n’était pas venu sur son cheval blanc mais, il était pourtant le portrait exact de celui que j’avais tant espéré. Malheureusement, il arrivait au mauvais moment.

Mon père nous rejoignit d’un pas rapide. Furieux parce que je ne répondais pas à son appel pour aller puiser l’eau au puits, il avait commencé à me chercher. Sa colère avait fait place à la rage, lorsque au bout d’un long moment il ne m’avait pas trouvée. Il commençait à réfléchir au châtiment qu’il me ferait subir dès qu’il aurait croisé mon chemin. C’est alors qu’il s’interrompit brusquement. J’étais là, près de cet inconnu, l’ai troublé. Mon père entra alors dans une colère folle. Je ne l’avais jamais vu ainsi auparavant. Il me prit violemment par le bras et m’appliqua une gifle assez ferme, ce qui eut pour conséquence de me ramener directement à la réalité. Malgré la violence de son geste, je ne pleurai pas devant lui. La vie m’avait appris que les larmes étaient inutiles. J’avais oublié de puiser l’eau pour que ma famille puisse boire un peu durant notre maigre repas. J’étais donc responsable de ce qui m’arrivait et devais en assumer le prix.

Dans notre pays, l’eau était sacrée et je le savais parfaitement. Elle servait à faire le repas quotidien. C’était la source principale de vie. Or, elle était rare puisque nous étions dans une grande période de sécheresse. Ainsi, lorsque l’on pouvait se laver avec de l’eau fraîche, c’était un luxe. Je n’avais pas le droit de gaspiller mon temps avec l’amour et de priver les miens de ce fabuleux trésor. Mon père réagissait en conséquence.

La correction de mon père fut une fois encore des plus sévères. La force de sa frappe sur mon corps créa en moi une douleur insoutenable et me laissa l’empreinte de marques rouges qui virèrent très vite à des boursouflures affreuses. Je serrai ma mâchoire pour retenir un cri et de probables larmes. Je restai impassible, le regard vide. Je voulais montrer à mon père que je reconnaissais ma faute et que je me résignais à son autorité. Mon père ne contenait plus cette fois sa colère. Il jurait contre moi et tempêtait contre tous les dieux du ciel d’avoir une pareille fille. Je m’attendais, après les coups et ses paroles qu’il se calmerait enfin, mais ce ne fut pas le cas. Mon père me cracha au visage que j’étais une bonne à rien et que je n’avais plus rien à faire en ces lieux.

« Va-t-en !!! Tu n’es pas digne d’être ma fille. Tu n’apportes que le malheur autour de    toi .

Abasourdie par ses paroles, je cherchai du regard un secours vers la case familiale obscurcie où je pouvais entrevoir les silhouettes des membres de ma famille. J’eus l’envie soudaine de courir vers eux et de me blottir au creux des bras tendres de ma mère. Mais je n’en fis rien. Je me dirigeai alors d’un pas mal assuré vers l’ancien puits presque asséché désormais pour accomplir mon destin. Le soleil, tel un fer rouge, me brûla fortement. Ses rayons accentuaient la douleur que je ressentais sur ma peau meurtrie. Arrivée près du trou creusé en profondeur et qui nous servait de puits, je sentis une fraîcheur intense qui me soulagea. Je repris alors courage et commençai à accomplir ma tâche par habitude, sachant pourtant que c’était désormais inutile.

            Pendant que je remontais d’une manière énergique la corde qui retenait le petit seau de bois, je remarquai le visage crispé de mon inconnu. Il était resté présent et avait assisté à la scène. Je fus rassurée par sa présence. Il se trouvait désormais plus près de moi. Son regard était délicatement posé sur ma silhouette. Que faisait-il donc ? Curieuse d’en savoir davantage, je le regardai avec intensité. Il paraissait vouloir me parler. Mais nul son ne sortait de sa bouche. En voyant que je l’observais, ses joues s’empourprèrent et il sembla gêné. Sa réaction éveilla encore plus ma curiosité et j’osai enfin lui demander ce qu’il désirait. A cet instant, j’entendis le son de sa voix. C’était une voix pénétrante, douce et à la fois mélodieuse. Elle sonna à mon oreille d’une façon si merveilleuse que je sus que je ne pourrais jamais plus l’oublier. Le jeune inconnu m’avoua que me regarder lui était un plaisir, mais je compris également que la scène avec mon père l’avait profondément touché. De la sueur perlait à son front. J’en fus émue. Cet homme, je le sentais, était vraiment différent des hommes de mon peuple. Mais, je ne savais pas encore à cet instant présent que c’était l’amour qui dictait mes pensées et mon attitude envers lui.

            Malheureusement, la situation se compliqua. Le jeune homme posa sa main droite toute moite sur une de mes épaules dénudées. Ce geste me fit sursauter et je lâchai brusquement la corde qui retenait le seau de bois. Celui-ci retomba brutalement contre les parois du puits. Il se brisa d’un coup dans un bruit assourdissant dû à l’écho provoqué par la profondeur du trou. Des morceaux de bois tombèrent dans l’eau glacée. Prise de panique à la vue de ce spectacle, je me dégageai rapidement de l’étreinte du jeune garçon. Qu’allais-je devenir ? J’imaginais déjà la réaction de fureur de mon père lorsqu’il apprendrait la nouvelle. Malgré moi, je fondis en larmes, relâchant d’un coup une émotion trop longtemps contenue. La présence de cet inconnu avait probablement contribué à mes pleurs.

            Je tournai mon visage douloureux vers lui. Il me semblait qu’il ne supportait pas de me voir dans cet état de chagrin. Et en effet, je n’avais pas tort. Dans un élan de tendresse infime, il me prit dans ses bras pour m’apaiser. Ce geste si inattendu et pourtant si espéré m’emplit d’une émotion encore plus vive. Ma poitrine se souleva de manière régulière, mon souffle devint plus saccadé. Pouvoir enfin m’appuyer sur quelqu’un me soulageait. Pourquoi m’avait-il prise dans ses bras ? Je ne comprenais pas et pourtant j’étais pleine de gratitude envers son geste. C’est à ce moment précis qu’il me parla d’un ton serein et très énigmatique. Tel un génie sorti tout droit d’une lampe merveilleuse, il me déclara avec simplicité qu’il allait m’aider à réparer le petit seau de bois, et que je ne devais plus m’inquiéter pour les miens parce qu’ils ne manqueraient plus jamais d’eau. Comment pouvait-il prétendre me venir en aide ? Ne se rendait-il pas compte, de l’ampleur du désastre et que tout était perdu ? Le seau était brisé. Elle ne pouvait pas revenir au village et demander de l’aide. Son père ne lui pardonnerait pas. Et qui donc comprendrait l’histoire du seau brisé ? Tout le monde au village l’a mépriserait d’être la cause de leur malheur. Personne n’aurait pitié de celle qui gâchait leur dernière possibilité d’avoir de l’eau.

Le jeune   étranger me regardait toujours, l’air toujours aussi serein et sûr de lui. Ses cheveux virevoltaient autour de son visage comme une auréole dorée. Après quelques instants de silence, il recommença à me parler.

           

             « Coumba, ne t’inquiète pas. Sèche tes larmes. Je suis venu de très loin pour t’aider. »

Je fus encore plus surprise. Je ne comprenais toujours pas comment un étranger pouvait m’aider. Mais, cet homme ne semblait pourtant pas m’être inconnu. Après tout, n’avait-il pas prononcé mon nom ?

« Qui es-tu étranger ? », osais-je lui demander, même timidement.

Je m’appelle Michel

Pourquoi sembles-tu me connaître ? , continuais-je d’un ton plus assuré, voulant éclaircir le mystère de sa présence.

Qui je suis n’a pas vraiment d’importance. Tu le sauras bien assez tôt. Je peux simplement te dire que quelqu’un m’a envoyé ici pour t’aider. »

Le silence se fit de nouveau. Michel paraissait en proie à une réflexion des plus profondes et je n’osais pas interrompre cet instant si tranquille. Je cherchais des explications dans son regard. Michel devina mon impatience et se décida enfin à me raconter en détails la raison de sa venue. Sous mon regard ébahi, il m’expliqua qu’il avait été mandaté par notre Seigneur tout puissant pour me protéger. Son apparence humaine était l’effet de la volonté du créateur. En fait, Michel n’était pas un homme. C’était un ange venu du ciel. Je fus très étonnée par cette révélation, mais une petite voix intérieure me disait que ses paroles n’étaient pas un mensonge. Je continuai donc à l’écouter. Michel me révéla ensuite que dans les cieux sacrés, Dieu avait remarqué que les hommes avaient parfois besoin de son aide. Il avait donc créé des anges chargés sur terre d’accomplir une mission particulière pour les aider. Chaque ange avait un rôle spécifique qui lui était destiné. Lui, Michel avait reçu de la main du Seigneur une tâche très noble. Il était l’ange le plus merveilleux du ciel, doté d’une aura d’amour. Sa mission consistait à veiller sur les eaux terrestres. Il était ainsi le maître incontesté de l’eau, cette source magnifique de vie. L’or bleu, ainsi appelée par les hommes.  Cependant, Michel n’osa pas m’avouer que sa mission avait pris plus d’importance en me voyant. Il avait été charmé malgré sa nature d’ange par le charmant visage que je lui offrais si généreusement. Et de notre rencontre, il avait contracté une passion inattendue à mon égard. Malheureusement, il savait que cet amour naissant était impossible pour lui. Je n’étais qu’une femme humaine et lui, un ange ; deux mondes bien distincts nous séparaient. Ce qu’il ne savait pas en revanche, c’est que Dieu l’avait doté d’une âme à demi humaine afin de recréer l’harmonie entre le Ciel et la Terre. En effet, on raconte que jadis, un ange avait été envoyé par les Enfers pour rompre le lien particulier qui existait entre Dieu et les hommes. Pour cela, il avait volé l’eau sacrée servant aux hommes pour vivre. Il l’avait utilisée pour tenter de détruire les flammes du royaume des ombres. Mais il avait échoué dans cette entreprise. Simplement, après sa terrible venue sur Terre, les hommes avaient été privés en partie d’eau et une sécheresse épouvantable s’était abattue sur eux. Les hommes croyant que Dieu les abandonnait lâchement s’étaient détournés de lui et avaient dès lors créé une multitude de dieux qu’ils priaient inlassablement. Dieu eut vent de la traîtrise de l’Enfer et il déchaîna sa colère contre ses ennemis. Cependant, il comprit très vite qu’il fallait réparer la faute commise. Et  c’est ainsi qu’il eut l’idée d’envoyer Michel sur Terre.

                        Michel n’était pas dupe. Il se rendit compte que ses sentiments étaient partagés. Il savait que Coumba l’aimait. Mais, cette dernière ne le savait pas encore. Aussi, il lui dit :

« Coumba, je sais qui tu es et ce que tu éprouves. Malheureusement, Dieu me rappelle à ses côtés. Je suis venu t’aider, toi et ton peuple, ainsi que tous les hommes. Alors, je ne te demanderai qu’une simple chose. Crois en ce que tu verras et ton bonheur sera grand ».

Coumba ne comprit pas ses paroles. Elle fut soudain prise d’un sommeil profond qui la laissa comme morte sur le sol. L’ange Michel leva lentement son bras et il posa délicatement sa main sur le front de la jeune fille comme pour la bénir. Mais son geste n’avait rien d’une bénédiction. Il savait qu’il ne reverrait jamais le doux visage de la jeune fille. Il était triste mais son cœur était désormais empli d’un sentiment merveilleux. Déchiré de devoir partir, il enleva ses doigts du front de Coumba, la regarda une dernière fois puis, il disparut.

                        A peine avait-il disparu derrière les nuages blancs que la terre trembla légèrement. De l’eau commença à rejaillir des profondeurs du sol asséché. Les rivières, les fleuves et tous les endroits où l’eau abondait, retrouvèrent leur vie. L’eau sacrée était revenue. Pendant ce temps, Coumba recouvra ses esprits. Ses paupières lourdes s’ouvrirent et elle écarquilla les yeux avec étonnement. Ce qu’elle vit l’émerveilla. La terre autour d’elle n’était plus un spectacle de désolation. Tout était plus vivant que jamais. La végétation, comme par miracle était redevenue luxuriante. Coumba entendit près d’elle un léger bruit. Elle scruta les alentours et n’en crut pas ses yeux. A nouveau et comme si rien ne s’était passé, de l’eau coulait à l’extérieur du puits, sur la pierre froide des parois. Elle courut alors vers l’ancien puits pour voir de plus près ce qui se passait. Le seau était de nouveau posé sur le rebord du trou, mais chose incroyable, il n’était plus cassé en milles morceaux et il resplendissait comme s’il était neuf. 

Coumba comprit alors ce qui s’était passé. Elle se souvint de tout. C’était cet étranger qui était à l’origine de ce miracle. Ce n’était pas un homme, mais un ange tombé du ciel. A partir de ce jour l’équilibre entre le Ciel et la Terre fut rétablit, et désormais, pour chacun des hommes, un lien unique les unissait à Dieu. C’était l’Amour. Et l’ange Michel et la jeune Coumba en furent les initiateurs. Malheureusement, ses deux êtres que tout opposait ne se revirent jamais, du moins, le temps de la vie terrestre de Coumba. Elle fonda une belle et grande famille et après une vie bien remplie et gardant tout de même sans cesse au fond de son cœur un amour sincère envers l’ange Michel, Coumba rejoignit enfin les cieux…

 

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