Voyage au bout de l’extrême,

Publié le 10 Avril 2012

 

En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre, sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc, il prend le temps d’admirer les beautés qui l’entourent et en profite pour jouer les photographes amateurs. La nature l’a toujours fasciné et ne garde guère longtemps ses secrets face à lui. C’est un explorateur dans l’âme.

Déjà tout petit, il ne pouvait s’empêcher de partir à l’aventure, même dans le prés à côté de la maison de ses parents. Il partait souvent seul comme un ermite, à l’affût de nouvelles aventures. Et il n’était jamais déçu. Il revenait toujours, un sourire largement dessiné sur les lèvres, sale de la tête aux pieds, ce qui horrifiait sa mère, qui le grondait en fronçant les sourcils, en signe de mécontentement, mais lui, par contre, il avait cet air léger et serein sur le visage et était empli de toutes les beautés observées dans l’esprit. Il revenait souvent songeur et ne rêvait que de l’instant où il repartirait gambader. Il ne tenait pas en place. Un véritable petit vagabond !

Joseph possède un grand et magnifique voilier. Il a parcouru avec lui bien des mers. Il aime naviguer et cette solitude apaisante qui le comble à bord. Il aime le souffle du vent qui lui balaye le visage et le décoiffe, cette sensation de liberté absolue. Le vent s’engouffre généreusement dans les voiles de son bateau et lui, il se laisse aller bien souvent à la dérive, pour voir où le vent le mènera. Il est séduit par le risque et préfère nettement partir sans savoir où il va. Il se délecte de ces surprises inattendues qui l’attendent à chaque fois. 

Son dernier voyage en mer a pourtant failli être le dernier. Il a essuyé une grosse tempête et a perdu le contrôle de son bateau. Il s’en ait sorti, vivant mais meurtri à jamais. Les vagues déferlantes et rageuses avaient eu raison de son voilier fragile. Le mât principal avait cédé dans un vacarme de tous les diables, brisant au passage le gouvernail. Joseph n’a pas pu lutter bien longtemps contre les éléments complètement déchaînés.  Le temps d’une seconde à peine, il regarda son navire en perdition puis, se jeta dans la cabine pour se mettre à l’abri. Là, il mis son gilet de sauvetage et choses qu’il n’avait fait jusqu’alors qu’en exercice au cas où, il commença rapidement à gonfler son canot de survie. Il ne pleura pas. Nul le temps à cette fragilité. Seul comptait pour lui le moyen de s’en sortir ou alors, il périrait. L’instant était crucial. Il fallait réagir vite et ne pas paniquer, malgré la trouille qui lui tenaillait les entrailles. Au dehors de la cabine, la tempête faisait rage. Les vagues venaient frapper avec violence sur les vitres qui l’abritaient. La houle faisait tanguer dangereusement le bateau. Ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’il ne fasse naufrage. Joseph, pourtant athée jusqu’à présent, eu un sursaut de convictions religieuses et se mit à prier de toutes ses forces, implorant le Tout puissant de l’épargner. Il lui promis que s’il s’en sortait de cet enfer sur mer, il ne serait plus aussi stupide de risquer sa vie en courant après danger et aventures sans savoir où cela le menait. Il réalisa alors, encore plus que d’habitude que la solitude n’avait finalement rien de sain. Il n’avait rien construit de sa vie, si ce n’est des chimères. C’est à cet instant qu’il craqua. Il repensa à sa mère et revit son visage sévère, ses brimades d’autrefois. Il repensa à son frère et à sa sœur qu’il n’avait pas vu depuis si longtemps à cause de ses nombreux voyages en mer et en solitaire et il s’en voulut de son égoïsme, de son goût insensé pour l’aventure. Il n’eut soudain plus l’envie de mourir ainsi, seul. Il décida en son for intérieur que s’il survivait, il irait revoir les siens et il s’établirait enfin pour construire une famille. Et si le désir d’aventure le reprenait, il ne le ferait désormais plus jamais seul.  Les pensées l’assaillirent. Un frisson parcourut sa peau. Il se devait de survivre pour vivre cela.

Finalement, son bateau chavira. Les eaux salées envahirent avec une rapidité incroyable le pont. Joseph eut tout juste le temps de finir le canot et de se mettre à l’abri dedans en s’enfermant dedans, prenant avec lui une bouteille d’oxygène. Le temps d’après c’était un raz de marée, un déluge glacial qui l’envahit de toute part. Plus rien ne semblait réel. Le bateau fut englouti par les eaux en quelques secondes à peine. Joseph se sentit comme à l’intérieur du tambour d’une machine à laver géante . Lui qui n’avait jamais eu le mal de mer, il eut un haut le cœur terrible et se mit à vomir ses tripes. Une odeur nauséabonde lui irrita les narines et lui piqua les yeux. Mon Dieu, allait-il mourir ainsi, seul. Retrouverait-on son corps ? Il n’y avait guère de chance. Joseph s’accrocha tant bien que mal à l’idée que quelqu’un viendrait le secourir. Mourir ou survivre : il n’avait que deux possibilités et cette fois-ci il ne pouvait se croire libre. Il n’avait pas le choix.

A l’intérieur du canot, il se retrouva si désemparé et si fragile, comme un enfant. Il sentit ce dernier se débattre avec les éléments, se déformer face à la force des courants mais il tint bon. La tempête sembla une éternité pour Joseph. Il faillit perdre totalement espoir. Cependant, à un moment donné, les vents faiblirent et la houle commença à s’apaiser. Joseph comprit que le canot remontait au-dessus des eaux profondes et froides. Une lumière diffuse passa à travers la toile du canot. Joseph se mit à mieux respirer. Son cœur qui jusque là battait à tout rompre comme s’il allait exploser, reprit un rythme quasiment normal.  Malgré tout, Joseph continua à attendre, pour être sûr que tout était fini. Des minutes s’écoulèrent. Puis, une heure passa sans nouveau heurte. Le canot dérivait à la surface des eaux. Le silence était revenu enfin. Joseph, les mains tremblantes hésita encore un instant puis se décida à ouvrir le canot et a passé sa tête au dehors. Une bouffée d’air revigorante lui emplit d’un seul coup les narines, à tel point qu’il faillit suffoquer. De l’air ! Que c’était bon, de se sentir, vivant. Joseph se mit à hurler sa joie face à l’infinie étendue de l’océan. Ensuite, il reprit ses esprits. Il fallait ramer pour faire avancer le canot. Rien était encore gagné pour lui…

Soudain, une ombre passa… Un navire frôla le canot et faillit le renverser. C’était un chalutier. Le capitaine de bord vit de dernière minute le petit canot de Joseph. Le chalutier glissa encore quelques mètres sur les eaux planes puis stoppa et fit demi-tour pour regarder de plus près le canot de sauvetage qui dérivait. Le capitaine, guère habitué à voir des rescapés, s’attendait à apercevoir le cadavre d’une personne. Mais, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit Joseph, bien vivant. Il offrit alors le plus large des sourires à Joseph et lui tendit une échelle pour qu’il puisse monter à bord du petit chalutier. Joseph, malgré un état de fatigue avancé ne se fit pas prier et retrouva un regain d’énergie. Il s’agrippa à l’échelle avec rage et monta. Le capitaine l’attendait près de l’échelle, il lui tendit une main ferme pour l’aider à remonter.

Et bien, mon gars, on peut dire que vous revenez de loin !

Oh! oui, vous ne pouvez même pas imaginer.

A peine, Joseph à son bord, le chalutier reprit sa course. Le capitaine prit la direction du port et bien vite, amarra pour amener Joseph à l’hôpital. Ce dernier fut pris en charge immédiatement. Mais avant, il retint la main du capitaine dans la sienne, alors qu’on l’avait mis sur un brancard et il lui remercia avec chaleur. Jamais il n’oublierait jusqu’à la fin de sa vie cet homme. Il le regarda une dernière fois, le regard plein de compassion, se gravant en mémoire ses traits. L’homme avait tout du marin, le teint hâlé à force de côtoyer les rayons du soleil, le visage marqué par des rides, à force de combattre les vents, une barbe fourni et la casquette à visière. Il sentait le sel de la mer, le poisson frais. Joseph se retint de pleurer puis, il le laissa s’en aller, sachant qu’il ne le reverrait probablement jamais.

Joseph se souvenait bien de cet épisode tragique de sa vie. Mais, il avait tenu sa promesse à Dieu. Il avait revu sa mère, vieillie. Cette dernière qui avait perdu toute joie sur son visage de ne plus voir son cher fils, avait soudain eut les yeux pétillants de bonheur. Joseph rattrapa le temps perdu avec elle, lui raconta ses aventures. Il la prit dans ses bras avec tendresse. Il séjourna quelques temps chez elle et revit un jour son frère et sa sœur, tous deux mariés et tenants des bambins rieurs par la main. Joseph fut au comble de la joie. Il était oncle !!

Par la suite, il redécouvrit avec bonheur les prairies de son enfance. Il en respira les parfums, en reconnut chaque parcelle. Il décida de bâtir une maison sur l’une d’elles. Il prit le temps. Cinq ans passèrent. Il fignola son rêve en réalité. Devint enfin quelqu’un et non un voyage en perpétuelle quête d’un bonheur impossible. Puis, un jour, il rencontra Nina et se fut le coup de foudre immédiat. Nina était d’une beauté à couper le souffle, un peu sauvageonne. Nina fut son rayon de soleil. Avec elle enfin, il accomplit sa dernière promesse. Le dahlia noir devint bleu. Evan est né. Joseph avait un fils. Il le regarda longuement, plongeant ses yeux dans les siens tout en tenant les mains de Nina avec une douceur infinie. 

Quand la mort qui plane sur la vie vous fait comprendre les véritables valeurs, on se rend compte de l’essentiel et on comprend sans effort le langage des fleurs et des choses muettes. La beauté de la liberté n’est pas de partir loin sans savoir si un jour viendra que l’on aura l’envie de revenir, mais plutôt, de vivre pleinement avec ce que l’on a déjà autour de soi.

   

L.G.

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

Repost 0
Commenter cet article

danièle CHANEAC 11/04/2012 10:23

La liberté est une notion abstraite. Qu'importe le lieu dans lequel on se trouve, la vraie liberté se conjugue au présent dans l'espace infini de notre âme.

Laëtitia 11/04/2012 14:23



Oui, je suis totalement d'accord sur ce point avec vous. J'enviais un ami de ses nombreux voyages et un jour il m'a dit:


"c'est toi qui est libre, regarde tes écrits, tu voyages...".


 


Merci de votre commentaire. Bon après-midi. Laetitia