Sortie de moule :

Publié le 9 Mai 2012

Après avoir tourbillonné à en perdre la tête à cause d’une monstrueuse spatule métallique qui me rendait malade en provoquant un chaud et froid et une migraine incroyable, après avoir longtemps bouillonné et mijoté dans une immense cuve, l’imbécile au bonnet ridicule et blanc n’a rien trouvé d’autres que de me verser dans des moules vraiment rikiki. Mais hélas, je perdis de ma masse et je me mis à déprimer d’avoir perdu ainsi de ma corpulence et de mon importance. Puis, comme si cela ne suffisait pas, il m’a cramé ma belle peau brune dans un four à haute pression. Ah, j’ai eu l’impression d’avoir vécu un séjour gratuit dans un sauna dans un complexe de thalassothérapie, je peux vous le dire, croyez-moi !

Ensuite, j’ai eu le droit à une séance de relooking. Et vas-y que je te peinturlure avec du blanc, du rose, que je t’assaisonne avec du paprika ou du piment, et vas-y que je te fourre avec des noisettes ou encore des noix, du riz et j’en passe. Ah, j’ai bien cru que cela ne finirait jamais. Pourvu qu’il ne me demande pas de défiler pour Jean-Paul Gautier !

Ce ne fut pas le cas, bien heureusement. Finalement, il m’a laissé tranquille et m’a déposé dans une superbe villa avec véranda toute vitrée et illuminée. Alors là, c’était la classe, j’étais enfin peinard et il m’avait mis la clim’ : quoi demander de mieux ! Seulement, les vacances furent de courte durée, hélas, une fois de plus. Y’a eu comme un grand courant d’air puis, je sais pas trop ce qui s’est passé. J’ai cru voir des nuages assombrirent le ciel si clair et soudain,  ce fut le trou noir.

Sorti de ce trou noir, je ne réalisai que trop tard la fin tragique qui m’attendait. J’eus juste le temps d’apercevoir une bouche monstrueuse s’entrouvrir puis, je fus soudain submergé d’un liquide infecte et puant. On aurait cru de l’acide. J’essayai en vain de résister à mon adversaire mais, je me sentis fondre comme un glaçon au soleil avec une surprenante rapidité.  J’entendis que quelqu’un soupirer de plaisir… Ce fut la dernière que je perçus sur cette terre.

 

Arrivé aux portes du Paradis, je demandai avidement à Saint-Pierre, ce qui s’était passé.

Saint-Pierre me répondit en se léchant ses lèvres recouvertes d’une pâte en apparence onctueuse :

Tu as fondu à cause du péché de l’homme : la gourmandise.

Ah bon !

C’est alors que je compris avec amertume mon cruel sort. Malgré tout, en me tâtant la masse,  je ne pus que me réjouire de ma résurrection.  Merci Seigneur de votre bonté !

Alors, pourquoi donc l’angoisse ne me quittait point depuis?

 

 

L.G.

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

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