La vie en rose,

Publié le 18 Avril 2012

Sarah est comme tant d’autres. Elle voit la vie en rose. Elle croit même que la planète Terre, c’est le Paradis.

Aujourd’hui, Sarah joue la paresseuse et se pelotonne dans les draps agréablement chauds de son lit. Au-dehors, il fait déjà jour. Mais, elle s’en moque royalement. Elle préfère rester dans son lit douillet. Pourtant, le réveil vient de sonner. 

Elle se dit :

«J ‘attends encore cinq bonnes minutes et ensuite, je me lèverai.»

Bien sûr, comme d’habitude, Sarah replonge immédiatement dans un demi-sommeil.  Peu lui importe alors que le soleil soit déjà levé depuis des heures. Hé, petite marmotte ! ,  soulève donc tes paupières alourdies et regarde. Regarde les premiers rayons de lumière qui filtrent au travers des volets. Va observer la petite mésange bleue qui picore sur le seuil de la porte d’entrée. Regarde le nouveau jour qui s’est levé.

 

            Doucement, Sarah s’étire. La belle ressemble à un chat. Puis, elle émet un petit bâillement de sa bouche  pour trouver l’énergie nécessaire pour débuter la journée. La petite gymnastique du corps faite, elle glisse ses pieds nus dans ses pantoufles : froides ! Brrr… 

Un léger frisson la parcourt soudain. Elle déteste par-dessus tout cette froideur matinale et la trouve très désagréable, comme chaque matin, lorsqu’elle se lève. 

            Son compagnon Olivier est parti plus tôt au travail. Elle pense à lui, le cœur battant la chamade. Il est sorti d’un pas pressé, la musette en bandoulière. Elle a alors entendu le bruit de ses chaussures sur le gravier de la cour, puis le bruit du portail qui s’ouvre, et enfin le moteur du véhicule qui vrombissait. Et soudain, ce fut le silence. Sarah sent à cet instant précis que la journée risque de lui sembler bien longue alors qu’elle se retrouve tout d’un coup seule, dans cette immense maison.

            Heureusement, c’est l’heure du petit-déjeuner, ce qui lui fait un peu oublier sa profonde solitude. Alors qu’une sonnerie stridente retentit, une délicieuse odeur de café se répand dans toute la maison. Vive Bifinett et son programme automatique !

Sarah arrive à la cuisine d’un pas traînant. Les cheveux complètement ébouriffés et les yeux encore gonflés de sommeil, elle farfouille dans les placards et prend le nécessaire pour un repas matinal digne d’une reine.

            Afin d’apprécier ce moment particulier de la journée, Sarah ouvre l’unique fenêtre de la cuisine. Un air frais et revigorant envahit tout de suite la pièce alors qu’elle s’asseoit enfin pour déjeuner. Dans le même laps de temps, les rayons du soleil pénètrent dans cet espace intérieur, apportant une douce chaleur qui embaume l’esprit de Sarah et lui réchauffe chaque parcelle de la peau. Elle se met à sourire, soudain emplie d’une joie profonde.

           

         Au loin, une mobylette pétarade. Puis, le silence revient brièvement combler le vide du temps. Décidément, la tranquillité est de courte durée ici !

         Sarah jette un coup d’œil à l’horloge au-dessus de la porte de la cuisine. Il est neuf heures du matin. Le temps ne passe pas rapidement. Sarah termine lentement son petit-déjeuner, malgré les bruits du dehors, puis elle se laisse tenter par sa gourmandise avant de débarrasser la table. Elle plonge alors un doigt dans le pot de confiture de fraise et le porte machinalement à sa bouche. Quel délice !

La gelée rose fond délicatement sur sa langue et elle en fait durer le plaisir. Il faut dire que la fraise, c’est son péché mignon. Elle ne s’en lasse pas. Malheureusement, même les bonnes choses ont une fin. Quelques minutes plus tard, le pot est vide. Sarah, le ventre plein, s’étire à nouveau, satisfaite. Elle se prélasse encore un instant sur la chaise, puis elle décide d’aller prendre une douche. Elle se lève donc et se dirige vers la salle de bain.

         C’est une Sarah fraîche et pomponnée qui en ressort. De très bonne humeur, elle sourit.

 

         La vie est réellement rose, pense-t-elle.

         C’est l’occasion idéale pour sortir de sa tanière. Sarah est donc parée de ses plus beaux atours. Elle est vêtue d’une chemise en soie bleue qui offre aux regards un léger décolleté où scintille un collier de perles blanches sur son cou bronzé et d’un pantalon en toile beige. Pour marquer le coup, elle s’est même laissée tenter par une petite touche de parfum aux senteurs exotiques. C’est idéal, vu le soleil qui brille de milles feux au-dehors.

         Sarah s’apprête à sortir en ville quand soudain, la sonnerie du téléphone se met à retentir au salon. Sarah sursaute. Elle se dirige d’un pas nonchalant et obligé vers l’appareil.

Qui peut bien vouloir l’appeler à cette heure-ci ? Elle n’attend aucun appel.

Olivier aurait-il oublié quelque chose en partant, ce matin ? Ou est-ce encore un de ces représentants très barbants qui l’ appelle pour lui vendre une quelconque marchandise ?

Avec un geste d’automate, elle prend le combiné. Une voix rauque l’interpelle au bout du fil.

Bonjour, est-ce Madame Jarrin à l’appareil ?

Oui, c’est bien moi.

J’ai une terrible nouvelle à t’annoncer…

La suite de la conversation, Sarah l’entend par bribes comme si soudain, elle était ailleurs.

Désolé… Atocha… je ne pense pas qu’elle ait souffert, tu sais…

Sarah continue à écouter son interlocuteur. Cependant, elle n’a plus envie de sourire. Elle sent sa gorge se nouer.

Hélas, c’est la vérité, Sarah. Je l’ai appris par hasard aux infos.

Sarah lâche précipitamment le combiné du téléphone et court allumer le poste de télévision, d’une main moite. Des images atroces lui sautent au visage. Elle voit des wagons complètement éventrés et ravagés par les flammes, des gens pantelants,  prisonniers de la tôle

déchiquetée, hurlant de douleur et de terreur, hagards. Elle découvre horrifiée, des corps inertes, brûlés et baignés dans une mare de sang. Sarah entend des râles interminables. Elle regarde ces images et a brusquement un haut le cœur. Elle sent son estomac se retourner comme une crêpe.

Assassins !  Assassins ! , crient des anonymes.

Des forces de police sont déployées. Les sirènes hurlent tels des chiens apeurés. Puis, ce sont des photographies de victimes qui défilent à l’écran. Elle voit des visages qui ne souriront désormais plus jamais. Puis soudain, elle aperçoit celui d’Atocha. Son Atocha, sa chair et son sang ; Atocha, sa fille unique qui était partie en vacance chez ses grands-parents, à Madrid.

 Sarah ne peut plus se défaire de ces cruelles images qui continuent inlassablement à défiler devant ses yeux rougis. C’est un véritable scénario d’apocalypse. Ce n’est pas un accident. Elle détache un instant son regard embué de larmes de l’écran de télévision pour regarder par une fenêtre du salon. Le soleil brille toujours dans le ciel, imperturbable.

         Sarah ne peut pas croire en l’évidence. Par une si belle journée, la vie ne peut être que rose. Ce n’est pas possible autrement. Sarah est sous le choc. Atocha va revenir avec son père, c’est certain. Elle va lui raconter son séjour dans la célèbre ville espagnole. Elle aura les bras chargés de souvenirs et de linge sale. Mais, Sarah sait au fond d’elle-même ce qui s’est passé : il y a eu un attentat et sa petite Atocha ne reviendra plus jamais à la maison.

Et son père ? Olivier ? Où est-il ?

         Sarah, dans une demi-conscience,  réalise enfin qu’elle a délaissé son interlocuteur qui se trouve toujours au bout du fil. Elle reprend alors rapidement le combiné du téléphone.

 

Sarah ?  Tu es encore là ?  Sarah ???

Oui… excuse-moi. J’ai vu. C’est horrible. Et mon Atocha : Oh, mon Dieu ! ; Que lui ont-ils fait ? , dit-elle, un sanglot étouffé dans la voix.

Peut-être qu’ils se sont trompés et qu’elle est toujours vivante, fit son interlocuteur, d’un ton qui se voulait rassurant.

Tu crois, Carlos ? , parvint à dire Sarah, soudain plein d’espoir.

Je ne sais pas,  peut-être, oui… 

Ils avaient pourtant parlé d’une trêve ! , dit Sarah avec colère. 

Ce ne sont que des paroles en l’air. Ce sont des assassins et ils ne changeront jamais, continua Carlos, sur le même ton que Sarah. 

Sarah sentit soudain son cœur se briser. Elle n’avait jamais pensé jusqu’à présent qu’un tel drame pouvait la toucher aussi directement. Elle était prise entre son envie de comprendre ce qui s’était passé là-bas et son envie de se venger des assassins qui avaient tué sa fille unique. 

Sarah ?

Oui, je suis encore là.

Çà va aller, t’es sûre ? lui demande Carlos.

Je n’en sais rien, Carlos. Je ne sais plus où j’en suis, déclare Sarah, les larmes coulant le long de ses joues très pâles.

Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux compter sur moi, Sarah, dit Carlos avec douceur.

Je sais. Merci beaucoup, Carlos. Mais, ne t’inquiète pas, Olivier sera à mes côtés. Il va revenir tout à l’heure. 

A propos de…

 

Carlos n’eut pas le temps de continuer sa phrase. En parlant de son compagnon, le déclic se fit et Sarah réalisa avec effroi son absence. Elle n’avait pas encore de nouvelles de lui. Il devait aller chercher Atocha à la gare. La panique s’empara de Sarah. C’est à cet instant précis que le carillon de la porte d’entrée retentit à son tour. Olivier ?

Sarah n’eut pas le temps d’aller ouvrir. Elle sentit ses jambes la trahir et se dérober sous elle. Un voile noir passa devant ses yeux. Puis, ce fut le néant. 

         Sur le seuil de la porte, un homme en uniforme bleu et jaune attendait, un colis dans les bras. Et, au bout du fil…

Au fait, Sarah, Olivier va bien. Rassure-toi.

 …

 Il m’a appelé de la gare, à Madrid. Il est bouleversé. Il règle encore les formulaires de police et de l’hôpital. Il revient dès qu’il peut. Il t’embrasse. Sarah, tu m’entends ? 

 

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

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danièle CHANEAC 18/04/2012 20:55

Je ne sais pas, je suis un peu partagée. A la fois long à venir et court en son dénouement. Mais il est vrai aussi que la foudre frappe vite et fort. Même sous le soleil qui est toujours à sa
place...

Laëtitia 19/04/2012 14:04



En fait, vous avez tout compris... On peut vivre une belle vie et d'un coup quelque chose vient perturber votre tranquilité et votre bonheur...