Instant de vie,

Publié le 5 Mars 2012

Les oiseaux se chamaillent, inlassablement,  dans l’herbe éparse comme un duvet de mailles, herbe rongée encore par les flots de l’hiver. La lutte est sans merci, survivre ou mourir, il n’y a là qu’une devise ; la devise de la Loi du plus fort. Au-dehors, c’est le cruel sort qui nous attend tous. Je pousse le vice de regarder avec curiosité la bataille de plumes. Le combat est acharné mais il faudra trancher. L’un sera vainqueur dans l’heure ; l’autre, vaincu, se mettra à nu, dégonflé de fierté, amer d’entendre son estomac crier famine. Je me la joue fine. Ils ne doivent pas me percevoir. Ne pas passer entre les fins trous métalliques en inox de la passoire. Juste se gaver de cette vue comme se gaverait d’eau des bêtes dans un abreuvoir, air bestial, avachie sur le dossier d’une chaise dans l’attente insoutenable du dénouement. Victoire ! Je n’ai pas passé au travers du fin filet de la passoire et j’ai pu voir, la beauté d’un triomphe, dans les yeux noirs et malins, redevenus sereins, petits et sournois du merle-roi, qui trottine et se dandine devant la vaincue. Puis, l’envol. S’envole l’affreux, juste rendu coquet de son bec fluet et orangé. La merle en rage, semble faire une nage dans les parages du festin perdu à l’affût d’un autre met à se mettre dans le bec. Elle déniche dans un coin à demi-sec, une minuscule et faible gourmandise, s’en contente puis à son tour fait une bise d’adieu au sol généreux. Moi, face à la vitre en buée, nez écrasé, je suis hypnotisée. Quelque chose claque derrière moi et, me réveille enfin de ma torpeur. Retour à la réalité du dedans. Le clac, c’est la cheminée qui ronronne, un bois est tombée contre la vitre noircie. Le tic-tac du carillon se brise un instant. Le carillon sonne. Mon chat miaule, contre moi se frôle, jaloux peut-être. Il veut une caresse. Je lui astique le poil, de ma main, il ronronne plus fort que la cheminée et se met à me lécher. Le pépère n’a rien vu du dehors. D’ailleurs qu’en sait-il ? Bientôt l’heure de sa boîte de pâté. Repas, non mérité. Il est grassouillet mon beau matou. Mais, lui c’est ma compagnie de tous les jours. Il a au moins droit à ce privilège…

 

 

L.G.

 

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

Repost 0
Commenter cet article