En souvenir de l’incendie,

Publié le 11 Juin 2012

 

Lorsqu’elle a vu dans cette vitrine

La jolie poupée de porcelaine

Elle ne pensa pas que c’était une aubaine.

Mais soudain, elle pleura.

Ses larmes glissèrent au pas,

Une à une comme sur un toboggan.

Elles coulèrent lentement

Comme une agonie sans nom.

 

 

Cette poupée lui rappelait beaucoup la sienne, sa Sophie

Qui avait brûlé avec tous ses beaux jouets

Dans l’incendie de l’appartement de ses parents, rue du Paradis.

Quelle drôle d’ironie

Alors que d’habiter cette rue

Qui aurait en effet cru

Que cela devienne le lieu

De l’Enfer.

Les souvenirs remontent. Lui serrent

Le cœur comme dans un étau. La revoilà dans sa banlieue.

Le HLM crépis en gris, les cinq étages.

Et les jeunes qui traînent dans les parages

A point d’heure. L’ascenseur, toujours Hors-service

Et les escaliers qui sentent l’urine ou l’eau de javel

Selon le passage ou non de la concierge, Madame Armel.

La rampe d’escalier noir, à la peinture écaillée ou lisse

Les gamins qui tapent dedans avec leurs pieds

Et l’écho du boucan que çà fait. Les hurlements des locataires

Qui aimeraient bien la paix du silence et qui les trouvent casse-pieds.

« Ils n’ont rien d’autres à faire, 

Ses maudits voyous !! »

 

 

Elle avait l’habitude de cette ambiance de quartier.

Elle y vivait, c’était sa vie

Même si elle n’avait pas choisi.

Mais son bonheur était tout de même entier.

Et puis, elle s’en foutait,

Car lorsqu’elle rentrait

Dans le petit appartement

De ses parents,

Elle retrouvait son univers

Et elle en était fière.

 

 

Dans sa chambre,

Elle écoutait du R’n’B

Et s’amusait avec sa poupée Sophie.

Sophie était un cadeau de son parrain Ahmed

C’était pour elle comme un trésor et un remède

Pour ses maux. Elle lui confiait tous ses secrets.

 

 

Mais, un jour, alors qu’elle rentrait de l’école

Elle entendit la sirène des pompiers hurlante comme une folle

çà criait dans tous les sens

Tellement qu’elle crut à une collective démence.

Puis, elle vit… Le HLM en flammes et la fumée,

A moitié déjà grignoté.

Ses yeux s’arrondirent par la peur

Fadma sa mère, en pleurs

Sur le trottoir, les bras au ciel

Et implorant Allah, l’Eternel

Son père, pétrifié…

Elle ne pourra jamais oublier ;

Même sa poupée,

La belle Sophie

Qui a péri

Dans le grand incendie.

 

 

Devant la vitrine,

Elle regarde. Front appuyé.

Les traces de buée. Et ses larmes

Comme un passé qu’elles réarment.

Elle croyait qu’elle avait oublié …

 

 

Maigre consolation

D’une passion

Oubliée.

Elle achètera la belle poupée.

Et elle la serrera fort contre sa poitrine.

 

L.G.

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #poème

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