A travers la fenêtre,

Publié le 3 Avril 2012

La fête foraine s’est achevée aujourd’hui, laissant place à la lourdeur du silence, pesant, comme malsain. Le manège sur la grande place ne tourne plus. Les enfants sont partis, laissant les chevaux de bois bien mornes, presque tristes. Heureusement qu’ils étaient colorés. Plus aucune illumination, plus aucune musique ne rende le lieu magique et féerique.  La nuit est tombée, noire et calme. Une nuit de pleine lune scintillante d’étoiles. Je suis revenu chez moi, seul, comme toujours. Mais, cette fois-ci, je me sentais si mal, comme un oiseau en cage, prisonnier,  n’arrivant pas à se libérer. La maison me sembla bien hostile, soudain. J’aurai aimé que la foule y vienne s’amasser à l’intérieur pour rire, pour discuter. J’aurais volontiers dégusté de la barbe à papa rose ou des confiseries avec les enfants du quartier. Mais, tout le monde, à cette heure tardive avait regagné le foyer familial. Alors, à l’intérieur de ma maison, comme je sentais cette profonde solitude m’envahir et me faire trop de mal, je me consolai en allumant la radio pour qu’un flot de musique vienne me bercer jusqu’à mon oreille et, je me mis le nez au carreau froid de la fenêtre pour regarder au dehors. Le soleil pointait ses derniers rayons de lumière alors que la nuit était déjà bien présente. C’était un spectacle formidable, un plaisir éphémère pour les yeux. L’astre solaire ne serait bientôt plus que tangent à la surface de la terre et laisserait définitivement place à l’obscurité. Mais je tenais à profiter de chaque instant de son agonie.

La neige blanche paraissait alors donner un éclat nouveau aux alentours. Pour sûr, si des gens passaient dans la rue, ils n’auraient nullement besoin que les réverbères soient éclairés pour se repérer dans la nuit. Cependant, tout était calme et désert. Il n’y avait pas un chat au dehors, juste le bruit d’une sirène au loin sur le port.

Puis, je perçus une voix qui semblait m’appeler. Je guettai plus attentivement à travers le carreau, mais rien ni personne ne paraissait bouger. Il était tard, je mis cela sur le compte de la fatigue. Il serait grand temps que j’aille me coucher, pensais-je, sinon, demain, je ne pourrai pas faire mon rapport auprès du maire au sujet de la fête. Seulement, si mon esprit était raisonnable, mon ouie continua à entendre cette voix qui persistait. Au départ, ce fut comme un chuchotement puis, la voix prit de l’ampleur et je n’eus plus aucun doute sur sa destination. Quelqu’un me parlait. Mais, je ne voyais toujours rien ni personne. Deviendrais-je fou ? Je me frottai les yeux machinalement comme pour mieux me réveiller ou du moins rester éveiller et je tendis l’oreille. Plus aucun doute possible. La voix me parlait bel et bien et prononça même mon nom. Je fis celui qui n’a peur de rien, malgré la peur qui me tenaillait au plus profond de moi.

Puis, malgré l’envie de croire à une hallucination, je compris. L’horizon me parlait. Le ciel avait ouvert ses portes pour que j’entende chaque bruit, même infime de la nuit, que je goûte aux plaisirs du silence. L’horizon me tendait ses bras de géant et m’offrait le luxe de ne plus me sentir seul. J’avais cru entendre mon nom parce que j’espérais ne plus être seul. Et la nature dans son infini bonté, majestueuse devant moi, devant mes yeux ébahis, me souriait allègrement, m’enveloppant dans son horizon à la fois si lointain et si proche. Cette révélation si surprenante, me rassura. J’étais comme apaisé. Je n’avais plus de crainte de vivre seul. J’avais l’horizon pour ami, pour amant qui était présent pour me consoler et m’apporter toute la tendresse désirée. Il était là sans que je lui demande, comme s’il avait compris que j’avais besoin de trouver la paix et le bonheur, malgré la solitude.

Je regardai encore pendant un moment ce qui me sembla une éternité, le ciel étoilé. On ne pouvait pas vraiment être seul sur cette terre, surtout si l’on ressentait la présence des éléments et qu’on apprenait à les respirer. Je me sentais un de ces éléments, je n’étais plus seul, mais j’étais un Tout. Mon être entier se donnait enfin avec ferveur à la vie. Il respirait chaque souffle de vent, admirait les beautés du dehors… Il se confondait volontiers avec l’horizon. Dés lors, la magie de la fête foraine me parut bien fade. Je riai en mon for intérieur de la petitesse des bonheurs humains face à la grandeur de l’infini. 

Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

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