Publié le 20 Janvier 2017

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Rédigé par LE CAPITAL DES MOTS

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Publié le 20 Janvier 2017

Elle en avait vu de l'autre la Marie, ma Mémé. Elle avait connu le guerre qui tua son Auguste, les Bosches qui campèrent sans gêne dans sa demeure, mettant les pieds sur la table, volant les poules, les œufs, les produits du jardin. Mais elle a tenu bon et aujourd'hui, elle sourit au soleil, sous son chapeau de paille un peu éliminé, elle bêche la terre de son champs pour en sortir de belles patates jaunes, des carottes, des betteraves.... Elle salive déjà à l'idée des bonnes soupes chaudes, des potées fumantes.

Son horloge sonne, soudain chante un oiseau. Chaque heure apporte un nouveau chant mélodieux et un peu de compagnie, même artificielle à Marie. Elle traine sa jambe qui a mal été opérée par un chirurgien de l'hôpital, sur le parquet ciré. Si elle souffre elle n'en dit rien, elle semble rester de marbre ma Mémé mais préfère blaguer ou se moquer gentiment de nous. Par contre, elle rouspète si l'on coupe la parole, si l'on ne dit pas merci ou encore si l'on a pas essuyé nos chaussures sur le tapis de l'entrée.

Ses petits gâteaux sont comme des pages de livre avec juste un mot sur la surface couleur miel, des mots qui nous éveillent, qui nous font parler et qui désormais, restés en notre mémoire, nous manquent et nous rendent nostalgique de cette époque bénite où le goûter chez Mémé avait des allures de tendresse et de jeux. On riait entre frère et soeurs, regardant avec appétit la garniture de la table, guettant le tiroir secret de Mémé dans l'espoir d'avoir une image à collectionner.

Mémé c'était une dure au coeur tendre et on l'aimait alors sans vraiment le savoir. On ne l'a sut que plus tard, à la fin de sa vie, alors qu'elle était diminuée sur son fauteuil roulant et qu'elle jetait par la fenêtre de la maison de retraite des miettes de pain aux moineaux. Les images des souvenirs un peu floues, se bousculent à l'esprit. Entre larmes et sourires. Puis, elle est partie, en disant qu'elle avait juste un petit rhume.

Elle ne tricotait pas ma Mémé mais ses doigts tordus avait l'or que seule une grand-mère peut posséder, celui des bisous baveux sur la joue mais qu'au fond on réclame comme une caresse, celui de sa voix si particulière que l'on entend plus, celui de sa bienveillance masquée sous des grondements autoritaires.

Elle n'avait donc jamais fait pour nous un seul tricot mais avait bien plus, je le sais désormais. Elle tricotait la vie, des instants uniques, des sourires et des pleurs, des images pour nos souvenirs, pour notre mémoire et nos futures solitudes à combler. Elle tricotait des bulldozers à sa façon, tout un univers pour l'après elle.



L.G.

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Rédigé par Laëtitia

Publié dans #Récit

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Publié le 16 Janvier 2017

Une bouteille à la mer
engloutie par les flots,
chahutée au hasard
de sa course pris fin
échouée sur un sable blond.

Au soleil,
le verre luisant,
mouettes à l'aveuglette, rouspétant,
coques toquent croyant à l'asile
mais au demeure, rien ne bouge, ni ne s'ouvre,
la sécheresse seule en partage.

L'homme rêveur et solitaire
pas enfoncés,
le regard sur l'horizon
s'apaise devant le scintillement bleu.
De l'orteil, soudain, l'obstacle le chagrine,
rêverie emportée par la douce brise.

La bouteille dans sa nudité de vierge
étonne l'oeil à peine éveillé
et de doigts, l'homme frôle la paroi
caressant l'intime.

La rose éblouit,
sa couleur plus féminine,
ses épines soudain pudiques
danse dans son arène
dans sa robe blanche
à peine bleutée.

L'homme scrute,
l'envie et le désir mêlé.
La rose et belle
et sa danse de sabbat hypnotique.
Il caresse le verre,
le presse entre ses doigts,
l'effleure de ses lèvres
et n'y pouvant plus libère les trésors contenus.

La rose inspire,
l'air iodé jusqu'au bout des pétales,
titillant ses épines
soupire d'aise
et défroisse sa robe qui éclate au soleil
et glisse de sa tige
avec délice.

L'homme sourit,
la beauté sous les yeux
et regarde la robe étalée soudain sur les grains dorés
qui ondule, se déplie et s'étire comme pour prendre la pause
et rosir sous l'astre chaleureux.

Quelques taches bleues
attirent l'homme
qui intrigué,
s'agenouille
comme en prière.

Des mots,
des mots jaillissent
comme des saphirs étoilés
et le plongent dans le monde de Kâma.

Son regard troublé vogue dans le lointain
aspirant à un autre naufrage
ou à l'arrivée d'une sirène.

Un vent de sable se lève,
perturbant le songe
et balayant toute trace.

Sur le sable seule,
la forme élancée d'une silhouette
conta l'histoire...

L.G.

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Rédigé par Laëtitia

Publié dans #poème

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